Ouvrages

Essais précoces en cancérologie. Ethique et justice

Essais précoces en cancérologie. Ethique et justice, 2017.

Les essais précoces sont les tests de première administration d’une molécule chez l’être humain.

En cancérologie, les essais précoces modernes sont « ciblés » : identifiées comme candidates crédibles par des techniques bio-informatiques, les molécules à l’essai visent des cibles protéiques anormales caractéristiques de tel type moléculaire de tumeur. L’imagerie fonctionnelle permet d’observer si elles atteignent leur cible, si la tumeur diminue. Les essais précoces ciblés sont au cœur de la médecine « personnalisée », c’est-à-dire des nouvelles stratégies de traitement sur mesure selon le profil moléculaire de la tumeur d’un individu donné.

Les essais précoces sont une voie d’accès à l’innovation thérapeutique pour les malades et une option de la prise en charge médicale qui peut être proposée bien avant les situations d’impasse thérapeutique avec les traitements classiques. En cela, ils posent une multitude de questions nouvelles qui interrogent bien au-delà des essais en cancérologie. Comment allouer les places de manière juste ? Faut-il repenser la distinction fondatrice entre soins et recherche, centrale pour l’éthique et pour la réglementation ? Avec quelles conséquences sur la pratique clinique ?

L’ouvrage, rédigé à l’issue d’un colloque au Collège de France par les spécialistes les plus en pointe sur ces questions – cancérologues, biologistes, philosophes, sociologues et juristes – apporte d’abord une clarification des notions en jeu : essais précoces, médecine « personnalisée », thérapeutiques « ciblées ». Les questions de justice que soulèvent ces essais sont ensuite exposées et discutées de manière particulièrement claire. Pour nourrir un débat que le progrès des techniques rend chaque jour plus urgent.

Des cobayes et des hommes. Expérimentation sur l’être humain et justice

Des cobayes et des hommes. Expérimentation sur l’être humain et justice, 2011.

La protection du sujet humain d’expérimentation médicale est une préoccupation éthique et juridique qui remonte au XIXe siècle. Elle culmine à l’occasion du procès des médecins de Nuremberg (1946-1947), après la révélation des atrocités commises par les expérimentateurs nazis. Dans les faits, il faut attendre la fin des années soixante-dix pour qu’un consensus normatif international efficace commence d’imposer ses règles aux médecins expérimentateurs. La protection des personnes contre les pratiques expérimentales vues comme potentiellement abusives, est une conquête du XXe siècle.

Aujourd’hui, des malades atteints de pathologies graves où les alternatives thérapeutiques sont limitées ou inexistantes, réclament non pas tant une protection contre les essais cliniques qu’un droit d’y participer.

Cette revendication prend la logique de protection à contre-pied. Elle est le point de départ d’une enquête fouillée, historique, juridique et sociologique, qui montre comment s’est formée, dans les normes et dans les pratiques, du XVIIIe au XXe siècle, la distinction entre la souris de laboratoire et le sujet humain. Entre les cobayes et les hommes. L’approche « jurisociologique », qui saisit l’activité normative dans son rapport aux pratiques sociales, professionnelles et économiques, renouvelle la compréhension des enjeux éthiques et politiques contemporains de l’expérimentation médicale.

“Qu’il s’agisse d’essais de traitements devant être réalisés avec le concours de personnes malades, ou d’essais de tolérance sur des volontaires sains, la participation aux recherches est, à l’heure actuelle, dans une situation non franche. soit il s’agit d’un devoir et il faut organiser, comme le suggérait Bongrand, une conscription de recherche sur le modèle de la conscription militaire. Soit il s’agit d’un droit et son exercice ne peut pas dépendre d’un expérimentateur qui ne le permettrait que quand il estime que cela est bon pour le sujet – ou simplement arrangeant pour lui-même. En l’état actuel des choses, la participation est une éventualité qui dépend entièrement de la proposition faite ou non faite par l’expérimentateur et à laquelle le sujet a alors seulement la possibilité de consentir ou de ne pas consentir. C’est comme si on lui donnait le droit d’accepter ou de refuser le repas qu’on lui propose, mais sans jamais l’autoriser à réclamer à manger quand il a faim. On a dressé, autrefois, des générations d’enfants aux bonnes manières de cette façon. Pour leur bien, sans doute. Mais les sujets potentiels ne sont pas des enfants, et notre époque reconnaît, après la loi du 4 mars 2002, que toute personne capable est, de principe, apte à décider par elle-même de son propre bien. Et notamment de vouloir participer, si cela est techniquement possible, à un essai qu’on n’a pas pensé lui proposer ou dont on a pensé pour elle qu’il ne lui conviendrait pas.” (p. 261-262)

La première partie de l’ouvrage décrit la formation — de part et d’autre de la date clé de Nuremberg — d’un consensus normatif international en réponse aux crises sanitaires et aux accidents et scandales qui émaillent l’histoire des essais médicaux sur l’être humain. La seconde partie détaille la situation française et le fond de paternalisme juridique sur lequel la réglementation des essais est construite.

L’ouvrage montre que le temps est probablement venu d’un nouveau contrat social en matière de recherche biomédicale, combinant respect de l’autonomie, équité d’accès et protection des personnes. Et il propose des solutions.

Traduit en espagnol (Mexique) : Del hombre como conejillo de Indias. El derecho a experimentar en seres humanos, Fondo de cultura económica (FCE), 2014

Del hombre como conejillo de Indias, 2014

Une traduction de l’ouvrage par l’éditeur de référence pour les sciences humaines en Amérique du Sud.

Philippe Amiel presenta una investigación jurídica y sociológica sobre el derecho de los individuos a participar en experimentos biomédicos. La obra reconstruye la compleja genealogía del cuadro normativo vigente, la cual se asienta en las responsabilidades del médico e intenta proteger a los individuos sujetos de experimentación de posibles abusos, todo ello a raíz de lo determinado en los Juicios de Núremberg. Por otra parte, muestra la urgencia de un nuevo contrato social en materia de investigación biomédica, uno que articule la autonomía del individuo con la equidad en el acceso a la protección de sus derechos.

Edition et présentation (avec A. Fagot-Largeault) de : Pierre-Charles Bongrand, De l’expérimentation sur l’homme. Sa valeur scientifique et sa légitimité (1905)

Bongrand, De l’expérimentation sur l’homme. Sa valeur scientifique et sa légitimité (1905), 2011.

Un classique (1905) qui était devenu introuvable, présenté par Anne Fagot-Largeault et Philippe Amiel. Écrit il y a un peu plus d’un siècle par un jeune médecin de 24 ans, “L’expérimentation sur l’homme” est un document marquant pour l’histoire de l’expérimentation médicale sur l’être humain. En même temps qu’un compte rendu détaillé – et puissamment critique – des pratiques expérimentales de son temps, Bongrand livre un état passionnant de la pensée déontologique et éthique sur la question au début du XXe siècle. Les notions éthiques contemporaines (l’exigence d’un consentement préalable des sujets, en particulier) s’y trouvent déjà en place, telles que les juges de Nuremberg les utiliseront quarante ans plus tard pour condamner les expérimentateurs nazis. Déployé comme une enquête scientifique sur un fait autant social et moral que médical, le texte de Bongrand est resté d’une lisibilité remarquable. Par la qualité de son approche, il continue d’interpeller la réflexion normative, éthique et juridique, de notre temps.

“Pour ce mourant, le bien-être de l’espèce, d’aujourd’hui et de demain, tient tout entier dans la tasse de tisane qui lui fait du bien. L’univers est, pour lui, réduit à un lambeau d’humanité dans un lit d’hôpital. Et vous aurez beau édifier des chefs-d’œuvre d’arguments de spécieuse casuistique, rien ne pourra faire qu’il soit juste que vous vous serviez de cet homme sans son consentement exprès.” (Bongrand, p. 115)

Ethnométhodologie appliquée. Eléments de sociologie praxéologique

Ethnométhodologie appliquée. Eléments de sociologie praxéologique, 2004-2010.

Mal connue en France au-delà du cercle des spécialistes, sans doute en raison de la difficulté des textes d’Harold Garfinkel, son principal théoricien, l’approche ethnométhodologique fait partie des bonnes décisions méthodologiques dès que la connaissance précise de pratiques spécialisées (professionnelles, en particulier) est requise. Ce volume a été conçu — pour la partie descriptive des concepts fondamentaux, tout particulièrement — comme un instrument didactique destiné aux étudiants en sciences sociales, mais aussi aux praticiens, consultants ou chercheurs. La partie applicative, centrée sur le cas de l’expérimentation médicale sur l’être humain, présente un exemple de démarche d’enquête aisément transposable à d’autres univers. Cette nouvelle édition intègre différents compléments sur les concepts, et une postface sur la façon dont peuvent se combiner sociologie des organisations et ethnométhodologie.

 

L’ouvrage a pour sous-titre « Éléments de sociologie praxéologique » où le terme « praxéologique » signifie « relatif aux pratiques, aux activités (sociales) ». La « validité praxéologique des descriptions » est au centre des développements didactiques de l’ouvrage.

La notion de « validité praxéologique » a été utilisée par Garfinkel à propos des descriptions qui « peuvent, si l’on biaise, être lues comme des instructions d’action » (Garfinkel).

En ce sens, l’ethnométhodologie appelle à produire des descriptions capables de passer « l’épreuve de l’action », c’est-à-dire celle de l’utilisation pratique par les acteurs auxquelles elles sont destinées. Significativement, les concepts cardinaux de l’ethnométhodologie (account, indexicalité, réflexivité) sont détaillés dans Ethnométhodologie appliquée à partir du récit de la préparation d’une recette de famille (le tarama). La description valide est celle qui permet de faire ce tarama là ; les conditions de validité praxéologique de la description sont l’un des objets théoriques clés de la discipline.
De sorte que l’ethnométhodologie peut être vue comme un « descriptivisme radical ».
Avec l’engagement éthique que cela implique :

« Étudier les arrangements sociaux et les décrire comme si j’établissais un manuel de survie destiné à des utilisateurs auxquels je tiens plus que tout, et à tous autres qui seraient en droit de me reprocher de les avoir induits en erreur sur les mœurs de la tribu, telle est la figure du travail socio-ethnographique responsable à laquelle me renvoie l’ethnométhodologie » (p. 84)

Ethnométhodologie appliquée propose une version de la discipline ouverte sur les enquêtes en sciences sociales. Une ouverture qui peut mobiliser avec profit des fertilisations croisées – épistémologiques (ici, avec le pragmatisme) et méthodologiques (avec la sociologie des organisations, comme l’ouvrage le développe).